Le réemploi, une histoire de siècles

Publié le 6 août 2020 par Emmanuel

Le réemploi des matériaux de construction n’est pas nouveau sous le soleil. Nous avons tous déjà suivi un documentaire ou un cours d’histoire pendant lesquels les spécialistes parlaient de la construction d’une église ou d’habitations faites avec les ruines du château voisin.  Mais alors pourquoi cette pratique a disparu de nos habitudes ? C’est ce que nous allons essayer de comprendre dans cet article.

Un peu d’histoire

Tout commence au temps des Romains, Grecs et Egyptiens. A cette époque, les ouvriers qui construisaient les bâtiments récupéraient les métaux, principalement l’acier, des anciennes constructions pour le réutiliser dans les nouvelles constructions.

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Ensuite viens le temps du Moyen-âge et la construction abondante des églises, cathédrales et châteaux. Les constructeurs se servaient des anciens édifices pour récupérer tous les matériaux possibles et utiles pour construire de nouveaux édifices toujours plus imposants. On peut prendre l’exemple du Duomo de Pise construit au 11ème siècle, dont les ornements (colonnes, corniches et autres) proviennent d’un autre édifice construit avant.

A partir de cette période et jusqu’à la fin du 18ème siècle, lorsque les bâtiments étaient transformés ou déconstruits, des affiches étaient distribuées partout aux alentours du chantier pour informer d’une vente publique des éléments du chantier. Ces matériaux étaient alors réutilisés dans un chantier, sur un périmètre proche. Cette vente publique concernait autant les gros constructeurs de l’époque que des petits artisans.

Au milieu du 19ème siècle, ce sont les pouvoirs publics qui organisaient la démolition des bâtiments en mettant en place des appels d’offres. Les démolisseurs qui étaient choisis étaient ceux qui mettaient le plus d’argent possible pour obtenir le chantier. Les matériaux étaient ensuite écoulés à la suite du chantier dans des magasins aux alentours.

L’attachement à la pratique locale, aux matériaux naturels et à l’utilisation des anciens bâtiments dans la nouvelle construction étaient encore très présente à la fin du 19ème siècle.

              Mais le 20ème siècle a marqué le passage à une nouvelle ère, l’ère industrielle. Les matériaux bon marché deviennent abondants sur le marché, les transports se développent. Les matériaux deviennent moins locaux et le réemploi moins spontané. Dans l’industrie, les métaux sont encore très réutilisés permettant de baisser les coûts de fabrication. Dans la construction, le réemploi est encore pratiqué dans les pays qui ne connaissent pas encore cette croissance exponentielle et mondialisée.

              Dans les années 1970, Minoru Yamasaki signe « l’arrêt de mort du modernisme » aux Etats-Unis, avec la déconstruction de logements sociaux. La démolition devient un coût pour les propriétaires et une source de déchets. L’évacuation des matériaux se fait désormais le plus souvent par l’enfouissement. Les déconstructeurs sont chargés de nettoyer les chantiers dans un délai très court car la valeur de la parcelle est supérieure à la valeur du bâtiment (et des matériaux). Le revenu  dépasse les bénéfices de la revalorisation des matériaux.

Les matériaux cessent de circuler de façon brutale et sont envoyés dans des décharges ou enfouis sous terre.

A côté de ce phénomène, toujours dans les années 1970,  le mouvement de la contre-culture américaine, notamment, effectue toujours de nouvelles constructions, les Drop Cities au Nouveau Mexique, entre art et nouvelle conception de société où les matériaux sont récupérés et permettent l’autosuffisance des nouveaux bâtiments.

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Dans les années 1990, l’industrie du bâtiment a beaucoup de pouvoir et influence la réduction du développement du réemploi dans la filière. Cependant, en 1987, les dimensions environnementale et climatique commencent à se développer. Le rapport de Brundtland (Notre avenir à tous) définit pour la première fois de l’histoire la notion de développement durable. Les particuliers et les collectivités publiques mettent alors en avant leur volonté de créer des moyens pour minimiser l’impact de la construction sur les ressources naturelles.

Les causes d’un changement brutal

Il y a donc eu un tournant dans l’histoire du réemploi au moment de la croissance industrielle et de la mondialisation. Cette période a profondément changé les habitudes de consommation et de fabrication.

Les Trente Glorieuses, période de reconstruction internationale après la Seconde Guerre Mondiale, ont montré : 

– une mécanisation progressive des chantiers, des outils devenus pneumatiques et un progrès important, avec des engins de plus en plus imposants comme les bulldozers,

 – une augmentation de la pression foncière avec une recherche grandissante des terrains en centre-ville comme à New-York,

 – une croissance du coût de la main d’œuvre : le système de santé devient plus protecteur, les métiers de la déconstruction sont très difficiles et risqués et le niveau de vie général est en augmentation.

Un retour aux sources

Les années 1970 marquent la mise en place des premières législations concernant le réemploi, notamment avec la création des ministères de l’environnement dans les pays développés. Des restrictions sont installées comme l’interdiction de mise en déchet pour certains matériaux.

En Europe, une loi est votée en 1975 et définit la notion de déchet. Il s’agit de « tout objet dont le détendeur cherche à s’en débarrasser ». Pour utiliser ce terme, il faut donc une intention de mise à la benne. 

Toujours en Europe, en 2015, l’économie circulaire entraîne une sorte de brouillage entre les termes de déchet et de ressource. Cela permet à la filière du réemploi de refaire sa place après une longue pause et de commencer à inciter les acteurs du bâtiment à un changement plus écologique.

Quelles perspectives ?

Aujourd’hui, le réemploi est encore peu développé en France et la construction comme nous la connaissons, reste ancrée dans les traditions d’industrialisation. Le souhait gouvernementale d’une transition écologique est un bon signal, mais il reste tant à faire.

Le réemploi est présent mais de façon disparate et occasionnelle, avec la réutilisation d’éléments de décoration ou de parement encadrés par la réglementation. Les projets du moment sont surtout des expérimentations, des œuvres d’art mises en valeur par des architectes, des vitrines comme le musée d’histoire de Ningbo – en Chine. Ses façades sont réalisées à partir de tuiles, bambou, mortier, portes et fenêtres récupérés sur le site du chantier.  

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Les planches constituent également d’excellents matériaux de construction réutilisables dans le secteur du bâtiment. Les réutiliser permet d’éviter le gaspillage. Si vous comptez réaliser des travaux de menuiserie pour redécorer votre maison ou refaire votre sol, ce matériel vous sera utile. Pour une rénovation d’ameublement et de parqueterie, l’assemblage rainure-languette en queue d’aronde à la défonceuse est la meilleure technique à adopter. La pratique consiste à joindre les planches (des lames ou des lambris), par leur longueur, et sur leur champ par abreuvement. La rainure est la cavité réalisée sur l’épaisseur d’une planche, en position parallèle à sa longueur. C’est là que viennent s’unir les languettes pour favoriser l’assemblage des planches. Quant à la languette, c’est le bord de la planche réduit au tiers de son épaisseur qui entrera dans la rainure dans le bord d’une autre planche. Cet assemblage est réalisable à l’aide d’un bouvet qui est une sorte de rabot avec une semelle et un fer particuliers. Réaliser cette opération à la défonceuse s’avère plus pratique et plus facile. Pour fabriquer des panneaux à plat joint et un parement lisse, l’assemblage à rainures et languettes s’impose comme la meilleure solution.

Dans deux semaines, un prochain article traitera de l’état des lieux du réemploi en France.