Julie Beaudelot, maçonne spécialiste des techniques anciennes de construction

Publié le 15 juillet 2021 par Manon

Julie Beaudelot et Sarah Dausque restaurent des maisons anciennes grâce à la maîtrise des savoir-faire locaux. Interview.

julie beaudelot maconne techniques anciennes construction
Julie Beaudelot, c spécialisée dans le bâtiment ancien

Pouvez-vous vous présenter ?

Julie Beaudelot.  J’ai 32 ans et je suis originaire des Ardennes. Après une formation à ECLIS (Dinan) en 2013 / 2014, j’ai exercé en tant que salariée chez l’artisan. J’ai fini par créer mon entreprise et travaille depuis en binôme avec Sarah.

Sarah Dausque.  Originaire de Lille, j’ai 34 ans et je suis installée en Pays d’Évran. Comme Julie, j’ai suivi la formation OPRP (Ouvrier professionnel en restauration de patrimoine). Nous nous sommes d’ailleurs rencontrées à cette occasion ; pour finalement, nous lancer en indépendantes, il y a 1 an et demi.

Dans quelle entreprise travaillez-vous ?

enduit facade interieur
Enduit façade intérieur

Julie Beaudelot. Indépendantes, nous travaillons souvent sur de gros chantiers communs, et sur la même tâche.

Elan bâtisseur, vous connaissez ? Il s’agit d’une SCOP, qui nous permet de travailler ensemble, sous forme de portage salarial.

En quoi consiste votre métier ?

Julie Beaudelot. Nous restaurons des maisons typiques en terre et / ou en pierre, à destination des particuliers surtout.

Notre métier consiste à gérer tous types de travaux de maçonnerie, du gros œuvre à la finition :

  • ouvertures en bois et en pierre,
  • mur en pierre des faluns ou construits en bauge,
  • dalles de chaux,
  • pose de tomettes,
  • enduits, extérieurs et intérieurs à la chaux, en terre, en chanvre,
  • enduits de finition,
  • joints de terre ou de pierre,
  • badigeons de chaux,
  • diagnostic de désordres…

Pourquoi avoir choisi cette voie ?

Julie Beaudelot. Pour préserver le patrimoine local. En arrivant en Bretagne – il y a 6 / 7 ans – j’ai découvert les vieux bâtiments en terre, inexistants en région du sud. J’ai trouvé ça cool ! Par un réseau de copains, j’ai alors eu l’occasion de rencontrer des artisans du bâti ancien, menuisiers, charpentiers… et le projet m’a botté !

Sarah Dausque. Pour ma part, j’ai travaillé dans le domaine des logements sociaux. Dans le cadre de mon ancien métier, dans le nord de la France, j’ai vu beaucoup de rénovations qui n’étaient pas efficaces.

Grâce à ma reconversion professionnelle dans le bâtiment, j’ai compris plus tard que les méthodes de réhabilitation employées ne respectaient pas le bâti d’origine.

Des matériaux sains permettent à un bâtiment de respirer, et donc de réguler l’humidité et la température, pour le bien-être des habitants. La terre crue est un matériau local aux propriétés climatiques incroyables par exemple.

Voilà pourquoi, je me suis orientée vers le bâti ancien. Le projet me paraissait cohérent. J’avais aussi envie de préserver le patrimoine ancien de la Haute-Bretagne.

Comment se déroule une journée type ?

Julie Beaudelot. Nous avons un local, un hangar pour stocker les matériaux (sable, chaux…). Après avoir chargé le camion, nous arrivons sur le chantier et déposons le matériel sur place. La journée commence.

Le soir, nous sommes plus concentrées sur les devis.

En général, un chantier peut durer d’une semaine à plusieurs mois (rénovation complète, gros œuvre jusqu’à la finition, plusieurs chantiers en un, grande maison…).

enduit facade exterieur
Enduit façade extérieur

Quelles matières premières utilisez-vous ?

Julie Beaudelot. Principalement, la terre et la chaux.

Pour la pierre, nous la récupérons sur les chantiers. Nous « re-maçonnons » donc la même pierre.

L’exception reste les pierres de taille pour les ouvertures. Dans ces cas-là, nous travaillons avec un tailleur de pierre.

Vous arrive-t-il de réutiliser des matières premières et / ou de réemployer des matériaux ?

Sarah Dausque. La terre, pour faire de la bauge.

Pour les ouvertures, comme expliqué précédemment, nous travaillons avec la même pierre d’un chantier sur l’autre.

Votre entreprise met-elle en place des actions en faveur de l’environnement ? Si oui, lesquelles ?

Julie Beaudelot. Nous trions nos déchets sur chantier, en les adressant à la bonne filière de recyclage. Nous produisons surtout des gravats, mais nous trions plastique et papier si nécessaire. Nous essayons surtout de réduire nos déchets.

Par exemple, nous nettoyons et réutilisons les bâches de protection en intérieur. Pour le scotch, c’est plus difficile.

Nous n’utilisons pas de produits chimiques.

Avez-vous un chantier en tête ?

Sarah Dausque. En ce moment, nous sommes sur un chantier d’enduit et de joint. C’est un beau chantier : une maison au bord du canal.

Angelina Viel travaille d’ailleurs, avec nous, sur la finition. Dans ces moments-là, il s’agit d’un coup de main sur une journée puisque l’enduit de finition doit être envoyé en une seule passe.

Quelles machines utilisez-vous ?

Sarah Dausque. Nous utilisons beaucoup la bétonnière, mais aussi :

  • du matériel électroportatif : burineur, perforateur-burineur, visseuse…,
  • du petit matériel : scie, bâche, brouette…
  • des échafaudages,
  • des étais de chantier

Avez-vous déjà partagé des ressources et / ou du matériel avec des confrères ou consœurs ?

Julie Beaudelot. Il nous arrive de louer ou même, de faire des emprunts à des collègues. En tant que jeunes entreprises, nous avons parfois besoin de gros matériel.

Ce sont des machines performantes (par ex. carotteuse…) qui coûtent cher, dont nous n’avons besoin qu’un ou deux jours seulement. Il est donc inutile de les acheter.

Naturellement, comme nous, les collègues n’ont généralement pas ce type de machines dans leur parc outils, nous les louons alors via Loxam.

Avez-vous déjà été amené à partager l’atelier d’un de vos confrères ou consœurs ?

Julie Beaudelot. Nous n’avons pas d’atelier. Tout est fait sur place, même les tests.

Avant de connaître Articonnex, aviez-vous des moyens de rentrer en contact avec d’autres artisans pour échanger et partager du matériel ?

Sarah Dausque. Nous avons un bon réseau d’artisans dans le coin. Ce sont d’ailleurs plus que des collègues. L’été, par exemple, une journée entre tous les maçons du bâti ancien, couvreurs, charpentiers, menuisiers… est organisée.

Nous nous appelons aussi régulièrement pour des chantiers, des questions.

Comment pensez-vous qu’Articonnex puisse vous aider dans votre activité ?

Julie Beaudelot. Au niveau de l’achat ou la location de matériel, selon nos besoins, Articonnex pourrait nous aider.

Concernant les matériaux, nous n’avons pas de stock. Rien ne périme et tout est stocké à l’abri pour être finalement utilisé. Nous approvisionnons nos chantiers au fur et à mesure.