Martin et Audrey, 2 nantais adeptes du réemploi

Publié le 24 février 2022 par Aurélie Duveau

Aujourd’hui, rencontre avec deux nantais, Martin Barraud et Audrey Bigot, fondateurs de l’atelier moins mais mieux et auteurs du livre Autoconstruire en réemploi.

Le duo accompagne sur les plans technique, organisationnel, esthétique et fonctionnel les entreprises, collectivités et groupements citoyens dans leurs projets de construction avec des ressources et matériaux issus du réemploi.

audrey et martin atelier moins mais mieux réemploi nantes
© Atelier moins mais mieux

1. Pouvez-vous vous présenter ?

Nous sommes designers et artisans. Nous nous sommes rencontrés à l’ESAD de Reims où nous avons fait une license et un master en design d’objet et espace.

2. Qu’est-ce que l’atelier moins mais mieux ?

Naviguant entre design et artisanat, nous explorons des modes de conception et de fabrication sobres pour accompagner des collectifs dans leurs projets. Nous intervenons principalement en aménagement d’espace et fabrication de mobilier, plus ponctuellement en design graphique et recherche sur l’autonomie. Pour réduire l’impact de nos projets nous réemployons des matériaux dits «déchets», nous limitons les chutes, favorisons les low-tech. Nous transmettons nos savoir-faire lors de chantiers participatifs.

3. D’où est venue cette initiative ?

Après nos études, étant conscients des enjeux sociaux et environnementaux, nous souhaitions exercer notre métier de façon responsable, artisanale et raisonnée. Nous avions à cœur d’être en contact avec la matière, plus que derrière notre ordinateur. Nous avons fondé l’Atelier moins mais mieux en 2017 pour exercer le métier de designer selon nos convictions.

En tant que designer et artisan produisant des objets, nous avons une responsabilité certaine sur ces problématiques actuelles : production de déchets, sur-consommation, obsolescence…

Bon nombre des matériaux et objets qui sont jetés peuvent en réalité encore servir. Il est aussi important d’ajouter une étape avant le recyclage : le réemploi est une solution souvent moins industrielle et énergivore.

En étant une petite entreprise artisanale, on a plus de souplesse, et le travail artisanal permet de valoriser des petites quantités, là où un industriel n’en verrait pas la valeur.

4. Pouvez-vous nous parler d’un exemple de projet mis en place ?

deconstruction chantier musee nantes
© Atelier moins mais mieux

Récemment, nous avons fabriqué une serre – atelier – boutique pour l’association La Brocante Verte. Nous avons réutilisé pour la structure des éléments que nous avions déconstruits au Musée d’Art quelques semaines auparavant.

C’est un bon exemple de réemploi ultra-local, seuls quelques kilomètres séparant le musée, notre atelier pour la transformation, et les locaux de l’association.

amenagement réemploi restaurant projet
© Atelier moins mais mieux

Nous avons accompagné le restaurant végan l’Éthiquête avant son lancement, de l’identité visuelle jusqu’à la fabrication du mobilier sur mesure et en réemploi, en passant par l’implantation de l’espace et le sourcing d’assises.

Ce projet est représentatif de notre travail d’accompagner les structures, d’avoir une vision globale du projet.

5. Vous avez fait l’exploit : construire une Tiny House avec 95% de matériaux de récupération. Qu’est-ce qui vous a inspiré ?

Vivant à Nantes, nous avons pu observer que dans une ville en pleine expansion, les chantiers génèrent beaucoup de ressources jetées. Pour nous, il y a de l’or dans les déchets du bâtiment. Et ce qui est un rebus pour un immeuble peut être une ressource pour une construction plus petite.

En partant de cette observation nous avons souhaité faire la démonstration qu’il est possible de fabriquer à partir de déchets et réduire nos besoins globaux en énergie. Cela permet aussi, pour les auto-constructeurs de réduire le coût de l’habitat.

Plus l’habitat est petit, plus le potentiel de récupération est fort !

© Atelier moins mais mieux

6. Quels matériaux avez-vous récupérés, comment et où vous êtes-vous fournis ?

Nous avons d’abord esquissé le projet pour connaitre nos besoins : type de matériaux, quantités, caractéristiques techniques… Ensuite nous nous sommes donné un an pour sourcer et stocker petit à petit les matériaux. Certains matériaux sont plus simple à trouver à certaines saisons, comme l’isolant aux beaux jours.

Pour trouver des matériaux de réemploi nous avons interrogé nos connaissances (famille, amis), démarché des entreprises diverses, visité des ressourceries, arpenté Le Bon Coin et les rues de notre ville.

Par exemple, le bois d’ossature provient de la décontraction d’une charpente et de mannequins issus de chantiers. L’isolation en laine de bois et chanvre provient de chutes en vrac et en morceaux de particuliers et professionnels. Les ouvrants viennent de la déconstruction et ont été donnés ou achetés via Le Bon Coin.

réemploi chutes bois isolation
© Atelier moins mais mieux

7. Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite réaliser sa tiny house ?

Mes 3 conseils seraient :

  1. Dessiner en amont son projet, pour définir ses besoins, tout en gardant de la souplesse ;
  2. Prendre le temps de récupérer les matériaux, et de les stocker de façon optimale ;
  3. Finaliser le projet en reprisant le dessin au regard des matériaux emmagasinés.

8. Si vous deviez la refaire aujourd’hui, que feriez-vous différemment ?

La contrainte principale du projet était de faire en sorte que le tout ne dépasse pas 3,5 tonnes car la maison est montée sur châssis. On devait ainsi trouver des matériaux légers et résistants, ce qui nous limitait dans notre recherche. Pour des constructions plus classiques, ne pas avoir de contrainte de poids facilite le réemploi de matériaux.

9. Pouvez-vous présenter votre livre Auto-construire en réemploi, donner une seconde vie aux matériaux ?

livre atelier moins mais mieux
© Atelier moins mais mieux

C’est un livre pratique, destinés aux auto-constructeurs et auto-constructrices. Il donne des exemples, tutoriels, et conseils techniques applicables à toutes sortes de constructions. Il ne
traite pas spécifiquement des tiny houses.

Dans une première partie on explique pourquoi le réemploi est important et intéressant, surtout dans l’autoconstruction. On présente comment sourcer les matériaux et organiser son chantier. Ensuite, chaque chapitre est dédié à un lot de la maison : ossature bois, isolation, ouvrants, toiture, bardage, électricité et plomberie, parement intérieur.

10. Avez-vous un grand projet réemploi à venir ?

Nous allons travailler sur une nouvelle serre pour 23 degré, des pépiniéristes locaux. Nous réintervenons à Saint-Nazaire pour un chantier dans un quartier prioritaire, conçu et fabriqué avec les habitants.

En parallèle, nous avons aussi un chantier de déconstruction, avec l’association Stations Services et la régie de quartier OCÉAN.

11. Connaissiez-vous notre plateforme Articonnex ?

Nous connaissions de nom, mais nous ne sommes jamais allés en magasin car on récupère déjà pas mal de matériaux grâce à notre réseau. Mais c’est totalement possible qu’à l’avenir, sur certaines typologies de matériaux, on passe dans l’un de vos entrepôts-magasins pour voir ce que vous avez !

12. Participez-vous à un événement à venir ?

On organise une conférence le jeudi 24 février à Strasbourg à 18h30 au Café Semos, avec l’atelier ressourcerie BOMA (Les BOnnes MAtières) où l’on présentera notre livre.

13. Où peut-on se procurer votre livre ?

Il est disponible dans la plupart des librairies, ainsi que sur notre site ou celui de notre éditeur.

Sinon, pour en savoir plus sur ce que nous faisons, rendez-vous sur notre site. N’hésitez pas également à nous suivre sur notre page Facebook et Instagram où nous publions régulièrement sur nos projets à venir.

A bientôt !


Aller plus loin : où trouver des matériaux de réemploi ?